Un article de Démocratie en réseaux.
La journée organisée le 17 novembre 2008 par la Région Île-de-France a réuni les acteurs du secteur associatif et du territoire pour échanger sur leurs pratiques de communication et sur la place de l'internet et des médias numériques. Ces derniers prennent de plus en plus de place dans les activités associatives et dans les relations avec les adhérents et les usagers des services publics. Nombre d'associations et d'acteurs territoriaux étaient réunis tout au long de cette journée ; ils ont manifesté, par leur présence et leur participation active aux débats, leur intérêt pour le développement de la démocratie grâce à des pratiques innovantes. Qu'ils soient déjà engagés dans un processus d'intégration du numérique ou que l'intérêt de s'y investir soit manifeste, ces deux profils étaient attentifs à cette nécessité de mettre en commun et de construire collectivement, et à cette gageure qu'est l'élaboration d'un web associatif régional vivant.
Ateliers, témoignages et retours d'expériences ont montré que les niveaux d'engagements étaient variés et les attentes nombreuses. Associations et collectivités contribuent d'ores et déjà au développement de l'espace public non-marchand régional par l'organisation et la valorisation de contenus accessibles en ligne. L'articulation entre réseaux associatifs et réseaux numériques se traduit alors à plusieurs niveaux : une présence active sur le web comme sur le terrain, la publication et la mutualisation sur des sites d'information, l'existence ou la constitution de réseaux sociaux associatifs. D'autres ont exprimé leurs difficultés à savoir par où commencer pour acquérir une maîtrise des services numériques ; le dépassement de la qualification technique de ces médias est un des éléments à prendre en compte. La transposition en questions politiques et démocratiques de leur usage de ces médias permet d'élargir le débat : si l'aspect technique ne peut être négligé, il ne doit pas constituer un frein à l'usage. Il s'agit avant tout de définir le projet d'usage des médias numériques (échanges d'information, valorisation d'activités, co-construction des actions...). On s'aperçoit que, malgré leur hétérogénité et celle de leurs champs d'action, les acteurs présents le 17 novembre ont acquis une certaine maturité sur ces questionnements : cela se traduit par une absence de disparité dans les attentes qui ont pu être formulées.
La rencontre Démocratie en réseaux du 17 novembre 2008 a cependant mis en lumière une certaine distance entre le monde de l'innovation numérique et celui de l'action associative classique, dont les formes les plus actives étaient représentées.
Le monde associatif cherche encore ses modalités d'implication en matière d'internet :
- Ses sites reflètent une tendance à favoriser l'information descendante (vitrine, plaquette) ;
- La compétence en matière numérique est souvent le fait d'un petit nombre, voire d'une personne seule, et s'avère délicate à étendre compte tenu du temps limité du bénévolat ;
- Les moyens techniques sont insuffisants et bricolés, tant côté matériels que côté logiciels, et les logiciels libres sont peu adaptés à des usagers non-experts ;
- Lemaillage numérique du tissu associatif est presque inexistant. Les sites web d'associations sont juxtaposés dans l'espace du web et peu de liens existent tant sur des thématiques communes que sur des territoires communs. Les associations cherchent à exister individuellement ; or, la culture du réseau et de la coopération permettrait de dépasser le cadre contraignant de leurs formes organisationnelles classiques ;
- Les problématiques des grandes associations et fédérations (changement de modèle organisationnel, nécessité de se doter de dispositifs de collaboration) sont assez distinctes de celles des « TPA », les Très Petites Associations (nettement plus précaires, mais plus souples et dont certaines n'existent que grâce aux outils numériques) ;
- Les mouvements les plus militants et ceux qui traitent de thématiques d'urgence et de crise semblent s'approprier nettement plus vite les outils et méthodes ;
- Dans certains domaines comme la « mémoire collective » ou les médias associatifs, l'appropriation numérique est modeste mais semble aller de soi.
Certains de ces points sont communs aux problématiques rencontrées par les acteurs des collectivités : main-mise de l'informatique par la Direction des Systèmes d'Information ou investissement d'un agent passionné, site-vitrine difficilement actualisable, faiblesse du maillage entre administrations publiques, etc.
Le monde « numérique » connaît mal le tissu associatif, et l'échange n'est pas toujours simple :
- La compétence et la maîtrise technologiques se sont parfois affichées au fil de la journée dans certains ateliers au détriment de la mise en place d'un dialogue ;
- La relation entre la parole dite citoyenne des blogueurs politiques et les militants citoyens associatifs est difficile, étant donné qu'ils n'agissent pas sur la même échelle ;
- Les acteurs des politiques publiques numériques sont souvent dans une approche d'évangélisation qui n'est pas forcément juste ni efficace ; les associations sont les grands oubliés des politiques publiques depuis 12 ans, un peu à cause de la stratégie unique d' « espaces publics numériques » et de la vision simpliste de la « fracture numérique ».
Cette journée a ainsi montré que la relation entre la Région Île-de-France et les acteurs associatifs et territoriaux est dense et que tous souhaitent qu'elle se renforce au travers de projets communs, comme la définition d'un agenda d'actions politiques et la formulation d'actions autour de ces questions. Quelques axes d'actions possibles ont ainsi émergé :
- Créer les conditions de la montée en compétences numériques du secteur associatif : les associations formulent une demande d'accompagnement qui n'est pas de l'ordre de la fourniture de matériel informatique, mais concerne plus exactement la définition des défis socio-politiques d'un tel investissement. Il s'agit notamment de préciser les besoins avec les acteurs associatifs et territoriaux pour les amener à intégrer les nouveaux médias dans leur pratique. (phase d'identification des besoins).
- Permettre aux associations de tendre vers l'autonomie en laissant à la marge l'expertise technique et en plaçant au coeur les enjeux démocratiques. C'est la prise en main des dispositifs et la question de la formation sous-jacente aux pratiques d'écriture numérique. (phase de généralisation de l'usage)
- Produire le cadre de création de catalyseurs et de facilitateurs qui rendent possible une appropriation sociale généralisée au travers des relais associatifs et territoriaux. C'est favoriser l'émergence de nouvelles formes d'engagement grâce aux dispositifs numériques. C'est aussi permettre la démultiplication des formes d'actions et de communication des acteurs associatifs. (phase de démultiplication de l'activité numérique).
« Démocratie en réseaux » a permis de rendre visible ponctuellement, le temps de la manifestation, l'existence d'un réseau d'acteurs régionaux : ce dernier révèle une activité vive autour des questions d'animation démocratique hors ou dans les médias numériques. Les fruits d'une telle journée ne peuvent être récoltés le jour même ; cependant, le processus de maturation est en cours. Il serait intéressant de définir les conditions d'une activité permanente d'un tel réseau d'échanges des pratiques associatives et territoriales au niveau régional.